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21 mai 2010

Base élèves : levée des sanctions, sécurisation des données personnelles

Communiqué commun FCPE , LDH et Snuipp-FSU

La FCPE, le Snuipp-FSU et la LDH rappelant leurs interrogations et leurs exigences formulées à propos de l’application de « Base élèves » dans une lettre commune adressée au ministre de l’Education nationale en mars 2009, réaffirment que les risques de diffusion de données personnelles concernant les enfants et leurs familles hors de la communauté éducative et la durée excessive de conservation de ces données mettent en danger le droit au respect de la vie privée et entrent en contradiction avec les stipulations de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Nous rappelons que le Comité des droits de l’enfant de l’Onu a fermement questionné, en juin 2009, le gouvernement français sur l’utilisation de fichiers de personnes dans les écoles et a recommandé à la République française « de ne saisir dans les bases de données que des renseignements personnels anonymes et de légiférer sur l’utilisation des données collectives en vue de prévenir une utilisation abusive des informations ».

Alors que le ministre avait promis d’apporter toutes les garanties demandées, nous constatons l’absence d’explication sur la nécessité de faire circuler ces données hors des établissements scolaires et de garanties quant à leur sécurisation ; l’absence d’application des garanties de suppression des données désormais non exigibles mais collectées durant la phase d’expérimentation du fichier ; l’absence d’informations sur les interconnexions que rendra possible cette base nationale et de garanties quant au contenu des données, à leur anonymisation et aux conditions d’accès à cet outil. Nous continuons également à demander dans quelles conditions ont été et seront informés les parents d’élèves du traitement informatisé des informations qu’ils donnaient à l’école, conformément aux dispositions de la loi de 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. Enfin, nous demandons que dans le cadre de cette remise en cause de cette application un bilan de « Base élèves » soit effectué en termes de fonctionnalité de l’outil et de protection des libertés publiques.

Enfin, deux directeurs d’écoles de l’Isère se sont vu retirer leur fonction le 30 mars 2010 par l’inspectrice d’Académie au seul motif qu’ils refusaient de renseigner la base de données « Base élèves » premier degré. Une douzaine de leurs collègues sont déjà dans ce cas à l’échelle nationale. Pour un autre, directeur d’école dans le Vaucluse, le blâme reçu de sa hiérarchie est officiellement motivé, non seulement par ce refus, mais aussi par l’envoi à un collègue de dessins humoristiques illustrant la campagne sur les dangers du fichage ; ce qui est une atteinte manifeste à la liberté d’expression.

Nous ne pouvons accepter que des enseignants soient menacés ou sanctionnés alors qu’ils veulent que l’exercice de leurs fonctions ne porte pas atteinte aux droits des enfants et de leurs familles.

Nous demandons instamment au ministre de l’Education nationale de lever toutes les sanctions prises contre les directeurs d’école qui refusent d’alimenter le fichier « Base élèves premier degré, et de mettre sans délai les conditions d’information, de diffusion et de conservation des données collectées en conformité avec les obligations constitutionnelles et internationales de la France en matière de protection des droits de l’enfant et de libertés fondamentales conformément aux engagements pris en 2009.

Paris, le 19 mai 2010


9 déc. 2008

Un appel de directeurs/directrices à la résistance citoyenne

Un appel de directeurs/directrices à la résistance citoyenne
contre le fichage des enfants

A la suite de la réunion du 8 novembre 2008 à Paris qui a vu la création du Collectif national de résistance à Base élèves, plusieurs dizaines de directrices et de directeurs ont lancé l’appel ci-dessous. Rendu public au soir du 24 novembre avec plus de 70 signatures, il en comporte aujourd’hui le double. Une nouvelle rubrique rassemble quelques lettres écrites par des directrices/directeurs réfractaires à Base élèves.

Si vous êtes directrice ou directeur et que vous souhaitiez vous joindre à eux, écrivez à base-eleves@orange.fr.

Appel à la résistance citoyenne contre le fichage des enfants

Directrices, directeurs d’écoles , nous ne mettons pas et nous ne mettrons pas en place l’application dite « Base élèves »,
Directrices, directeurs d’écoles, ayant renseigné « Base élèves » par nécessité de service, nous bloquerons dès à présent les remontées de données de nos écoles dans Base élèves.
TOUTES ET TOUS, NOUS DEMANDONS
L’ARRET DE L’APPLICATION « BASE ELEVES »
ainsi que la destruction de toutes les données déjà collectées

En tant qu’enseignants, nous ne sommes pas réfractaires par principe aux technologies nouvelles de la communication. En revanche, lorsque nous les utilisons c’est à titre pédagogique ou à titre administratif, en utilisant des outils de gestion informatique dont les données sont internes à l’établissement et sont détruites régulièrement pas nos soins.
Nous refusons d’utiliser un fichier national centralisé et partageable dont nous ne pouvons prévoir l’évolution future.

En tant que responsables d’enfants et fonctionnaires d’Etat, nous ne voulons pas être instrumentalisés par le ministre de l’Education nationale afin d’attribuer un identifiant national (INE) à chaque élève sans l’autorisation de leurs parents et sans aucun débat démocratique.
Nous refusons de participer à l’établissement d’un répertoire national d’immatriculations des élèves permettant de conserver des données pendant 35 ans.

En tant que directeurs d’école, nous ne pouvons cautionner la mise en place opaque d’une base de données ne prenant jamais en compte l’information aux parents d’élèves et les objections citoyennes des directeurs d’école.
Nous refusons que le fichage de mineurs soit considéré comme une formalité administrative.

En tant que citoyens, nous ne pouvons accepter que pour appuyer l’implantation puis le passage en force de cette application informatique, l’administration n’hésite pas à user de menaces de sanction ou de sanctions effectives (retrait de salaire) à l’encontre de directeurs. La publication d’un arrêté ministériel sur Base Elèves le 1er novembre 2008, soit quatre ans, après le début de l’expérimentation, alors que la majorité des élèves se trouvaient déjà répertoriés, n’affaiblira pas notre position.
Nous refusons la pression administrative sur les directeurs d’école dont les missions ne peuvent être orientées vers une saisie de données qui les rendrait acteurs d’un contrôle social de la population.

La demande d’immatriculer nos élèves et d’utiliser Base-Elèves entre profondément en conflit avec notre éthique professionnelle et notre morale personnelle. Nos objectifs, comme enseignants, sont d’aider des individus à se construire à travers leurs apprentissages, de les aider à devenir des personnes autonomes et responsables.
Nous demandons l’application d’un principe de précaution et la reconnaissance d’un droit à l’objection de conscience.

Vu la menace d’une altération de la confiance entre les familles et les enseignants,

Nous, directrices, directeurs, dont la vigilance avait permis de rester en retrait de l’application Base élèves,
Nous, directrices, directeurs, abusés par des arguments fallacieux de l’administration ou contraints par des pressions de tout ordre,

Nous avons décidé de sortir de l’anonymat pour demander solennellement et d’une seule voix l’abrogation totale et définitive de toutes les mesures liées à Base élèves et l’effacement, sous couvert d’une autorité indépendante, de toutes les données déjà enregistrées.

1 avr. 2008

Encore un fichage sauvage

“La FCPE64 demande l’arrêt du fichage sauvage des élèves de certains quartiers palois samedi 22 mars 2008, par FCPE 64

Il y a quelques jours, dans le cadre du « programme de réussite éducative » de l’agglomération de Pau, l’équipe de coordination du projet a fait parvenir aux écoles, sous couvert de l’autorité académique, une fiche de renseignements nominatifs.”

Lire la suite sur le site de la FCPE64 : http://www.fcpe64.org/spip.php?article478 ou sur le site de Rue 89 : http://www.rue89.com/2008/03/31/scandale-contre-un-nouveau-fichier-dans-les-ecoles-de-pau

3 oct. 2007

le ministère de l’EN décide de supprimer tout ce qui concerne la nationalité

http://www.blogger.com/img/gl.link.gifLe ministère vient de décider de supprimer de Base élèves tout ce qui pouvait faire référence à la nationalité. Une décision raisonnable mais qui ne règle pas tout, loin de là.
Un comportement démocratique aurait pu éviter les dérives auxquelles nous avons assisté.
Il est scandaleux que ce fichage de tous les enfants en âge d’être scolarisés à l’école élémentaire ait pu être mis en place en l’absence à peu près totale d’informations sur sa finalité et son fonctionnement (à titre d’exemple, les réponses du ministère à l’avis de la Cnil en date du 22 juin dernier ne sont toujours pas connues).

Merci à celles et ceux qui ont su mettre en pratique un précepte inspiré de l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, la désobéissance est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Voir le site Ldh-Toulon

19 sept. 2007

l’Inspecteur d’Académie du Haut-Rhin demande le signalement des élèves sans papiers

Lundi 17 septembre 2007 matin, l’Inspecteur d’Académie du Haut-Rhin a envoyé à toutes les écoles du département un mail leur demandant de signaler les élèves scolarisés sans papiers.

Le SNUipp a immédiatement dénoncé auprès de l’Inspecteur d’Académie cette « démarche inacceptable », rappelant qu’ « aucune école ne doit répondre aux enquêtes sur les élèves sans papiers » [1].

Si le champ nationalité n’est pas supprimé, tout sera plus simple pour les autorités à partir de la rentrée 2009 : Base élèves sera alors opérationnel, et il suffira de chercher sur cette base de données la liste des enfants de nationalité étrangère — les sans-papiers sont parmi eux — et ce ne sont pas les ordinateurs qui protesteront !

Lire la suite

5 sept. 2007

Base élèves: Inspection d'Académie

Je suis allé hier soir à Vitré. A l'initiative de P. Méhaignerie (député-maire UMP), la mairie organisait une réunion publique avec l'Inspecteur d'Académie, le responsable du service informatique et une autre personne de l'EN, au sujet de Base Elève.
Le sujet de la sécurisation du système a été longuement évoqué, un conseiller municipal vert de Vitré ayant fait la démonstration (par capture d'écrans) de la facilité avec laquelle on pouvait pénétrer le système.
Mais nous avons tenté de revenir sur ce qui nous semble le plus essentiel: le fichage des élèves, le fait qu'autant de données, nominatives, soient accessibles à d'autres services que ceux de l'école.
Pour l'IA, BE est incontestablement un outil de modernisation de la gestion de l'école, d'autant plus nécessaire que c'est lui qui fournira une base de discussion dans le dialogue de gestion qu'aura l'IA avec le Ministère. Généralisé, cet outil est irréversible. Si l'IA peut comprendre les inquiétudes des parents et citoyens, les oppositions de principe et les réserves citoyennes que l'outil suscite, s'il peut effectivement regretter que ces oppositions soient si marquées (et que la LDH ait dénoncé, le 2 juillet, cet outil), l'IA comme les agents qui l'assistaient les balaient d'un revers de main: la critique est un grossier raccourci ; les informations que renferment BE ne sont ni plus ni moins celles que les écoles et enseignants avaient déjà, sans BE ; elles n'ont rien d'informations type "secret-défense" et n'empiètent aucunement sur les libertés fondamentales et les droits de l'homme. Que ceux qui s'en inquiètent (enseignants, parents, directeurs d'écoles) encore recouvrent un peu plus la raison, la politique du fait accompli aidant, ils ne pourront que, à défaut de se rallier à l'outil, le mettre en oeuvre, par obligation de service des fonctionnaires comme par obligation d'obéissance à la loi du citoyen.
En somme, le discours est bien rodé, sa philosophie est inattaquable, ses opposants sont de vils gesticulateurs qui perdent leur temps (il n'y a rien à voir). Et puis, comme le souligne l'IA, si dans la vie démocratique, le débat est fondé, il y a un moment où, malgré toutes les réserves, la discussion doit s'arrêter, la décision se prendre, ses agents la mettre en application, et ses détracteurs se taire.

Albéric Perrier
section de Rennes

4 sept. 2007

Fichier Base-Eleves

contribution pour débattre et agir :Quelques réflexions sur Base–Elèves, l'école et la démocratie



1)Base-Elèves, qu'est ce que c'est ?

Vous avez peut être entendu parler de Base-Elèves sans trop savoir de quoi il retourne? Pourtant, à cette rentrée scolaire 2007, l'école de votre quartier ou de votre village est sans doute concernée par la mise en place de ce système.

Depuis 2004 l' Education Nationale a expérimenté dans 21 départements pilotes un nouveau mode de gestion informatisée, via internet, des écoles maternelles et élémentaires nommé Base-Elèves . En 2006 ce dispositif a été étendu et fonctionne actuellement dans 77 Inspections Académiques. A partir de la rentrée 2007 Base-Elèves se généralise à l'ensemble du territoire et doit être opérationnel dans toutes les écoles en 2009.

Base-Elèves est un fichier électronique où sont réunies toutes les informations ( familiales, sociales, scolaires et identitaires ) concernant chaque élève du premier degré. Ces données , saisies par les directeurs d'école ,sont transmises à l' IEN (inspecteur de circonscription), à l' Inspection Académique, puis au Rectorat pour aboutir à Orléans dans un fichier national centralisé, partiellement accessible aux maires.

Officiellement il s'agit pour le ministère de se doter des moyens de gestion administrative et de pilotage pédagogique: « alléger les tâches des directeurs, fiabiliser les constats de rentrée, les prévisions d'effectifs, informatiser les échanges entre les différents acteurs, assurer le suivi des parcours scolaires, élaborer des statistiques académiques et nationales... » .Car depuis Claude Allègre on sait que l' Education Nationale est un « mammouth », un monstre archaïque qu'il est urgent de « moderniser ». Grâce donc à Base-Elèves ce sont les données personnelles de tous les enfants, et à terme de toute la population, qui seront centralisées.


2)L'école du risque.

Déjà de nombreux citoyens, professionnels de l'éducation, parents, associations et syndicats dénoncent les dangers d'une telle base de données.

–Risques d'erreurs :

Toutes sortes de bévues , fautes , confusions ou méprises ne peuvent que se produire et se multiplier dans la saisie , la transmission , les procédures et conduisent inévitablement à des imbroglios administratifs inextricables et auront les conséquences les plus graves pour des personnes et familles ( iniquités , abus , injustices , ... ) .

–Risques d'atteintes à la vie privée:

Le dossier informatique d'un élève comporte des renseignements personnels(identité, adresses, téléphone, courriel, profession des parents, autorité parentale, personnes à prévenir ou autorisées à prendre à la sortie, lien de parenté,etc...)dont la confidentialité pourrait ne pas être garantie. C'est ce qui a été démontré dès le mois de mai dernier: on pouvait très facilement accéder à B-E dans la majorité des départements. Le ministère a dû le reconnaître et suspendre B-E le 15 juin, mais il est déjà réouvert... On imagine quelles utilisations commerciales ou mal intentionnées(pédophilie, harcèlement, ...) auraient pu s'en suivre.

–Risques de dérives à des fins de contrôle social:

Le dossier de chaque élève comporte aussi des informations « sensibles » dans la situation actuelle(nationalité, langue et culture d'origine, absentéisme, ...). On nous assure que chaque directeur n'a accès qu'aux données nominatives des élèves de son secteur, l'IEN à celles de sa circonscription et l' IA à celles des élèves de son département. Rectorat et ministère n'accédant qu'à des données anonymes et les mairies qu'à des données limitées. On nous dit aussi que les directeurs disposent d'une certaine latitude pour renseigner B-E, mais, pour valider la fiche, certains renseignements sont obligatoires(identité, adresses, nationalité) et la vérification s'opère par recoupement avec le fichier mairie...

Par exemple , B-E permet de repérer les familles « sans papier ». L'IA des Pyrénées Orientales, département pilote depuis 2004, a d'ailleurs reconnu « être la plus grande source d'information sur l'immigration »... D'autre part, on sait que si les renseignements de B-E sont en principe anonymes dans le fichier central d'Orléans, « l'anonymat peut être levé en fonction des besoins de l'administration »... On sait également que la récente loi « Prévention de la délinquance » inclut les établissements scolaires et fait du maire le coordonnateur du dispositif. Ainsi, le fichier B-E peut être croisé avec celui de la CAF ,par exemple pour suspendre les allocations familiales des élèves absentéistes. Cette loi institue aussi le « secret partagé » entre travailleurs sociaux, magistrats, policiers, enseignants, concernant les personnes et familles en difficultés sociales, éducatives ou matérielles..., faisant de fait des enseignants des auxiliaires de police dans le repérage des enfants et familles déviantes.

3)Base- Elèves, le dernier cri de l'éducation?

Vous l'avez bien compris, B-E n'a pas grand chose à voir avec l'éducation. Le bon fonctionnement des écoles ne nécessite en rien d'avoir un fichier national de tous les élèves. B-E est clairement un instrument de modernisation administrative du système éducatif qu'il faut remettre dans son contexte.

D'abord B-E n'est qu'un des éléments d'un système composé de plusieurs modules: une base élèves, une base école(prévue), une base personnel et un module carte scolaire. Il faut aussi savoir que des fichiers du même ordre fonctionnent déjà depuis plusieurs années dans les collèges et lycées. B-E n'est donc pas le premier maillon d'un dispositif appelé à se généraliser, mais le dernier maillon qui généralise au premier degré un dispositif déjà opérationnel dans le second. De plus, tout en s'étendant progressivement à tous les élèves de l'EN, le dispositif vise à investir toutes les dimensions du système éducatif. Ce ne sont pas seulement les élèves et les familles qui sont « informatisés », mais aussi les personnels(enseignants ou autres), les établissements et les secteurs scolaires. Les nouvelles technologies (informatique, biométrie, nanotechnologies...)fournissent les instruments que la science et l'industrie mettent à la disposition de l'administration pour tenter de réaliser le projet d'une régie intégrale de l'institution scolaire.

Depuis plusieurs années, le nombres des fichiers informatiques et des installations biométriques considérés comme indispensables ,s'est multiplié dans les différentes administrations. En même temps la CNIL voyait réduire ses attributions (loi de 2004) participant de fait à cette diffusion. On constate aujourd'hui que la plupart de ces fichiers ont été détournés de leur objet premier, transformés en appareil de contrôle social (communiqué LDH du 02/07/07). La même logique gestionnaire, au moyen des mêmes instruments ,est à l'oeuvre dans tous les secteurs de l'administration. Cette polarisation vers une gestion automatisée globalisante a un nom: techno-bureaucratie...

4)« Une école la plus performante possible »(G; de Robien: circulaire du 09/01/2007, « Préparation de la rentrée 2007 »)

Revenons à B-E et à l'éducation. La circulaire « Préparation de la rentrée 2007 » inscrit B-E dans un ensemble de mesures qui souligne la cohérence du système éducatif: « L'économie de la connaissance nous invite à investir dans l'éducation... ». Ce sont les termes mêmes de l'accord européen pour l'ouverture au marché de l'éducation ,signé par Chirac et Jospin. Le principe est posé d'une gestion modernisée de l'école par la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances) sur le modèle de l'entreprise: « pilotage par les objectifs et l'évaluation des résultats », « budgets associant l'allocation de moyens à des objectifs » et « en fonction d'indicateurs incontestables ». On comprend maintenant le sens marchand de « pédagogie par objectifs » et « pédagogie par projets » dont on rebat les oreilles des enseignants depuis 25 ans. Tous les ingrédients d'une logique concurrentielle dans le cadre d'un marché de la « réussite scolaire » sont ,dans cette circulaire ,mis en relation et articulés pour faire système. Homogénéisant ainsi les différents degrés et domaines de l'institution éducative.

L'autonomie des établissements, même primaires (expérimentation des EPEP , « projet d'école » ou « d'établissement », « conseil pédagogique », « les expérimentations » ,disparition programmée de la « carte scolaire ») , induit une compétition généralisée au moyen de « l'évaluation » des compétences et des résultats des élèves, des enseignants, des différents personnels, des établissements, des secteurs scolaires , par le biais des « statistiques » à tous les niveaux. Nous touchons là l'une des facettes essentielle de B-E dans le dispositif concurrentiel.

Mais, pour qu'il y ait marché et compétition ,il faut normaliser et standardiser, c'est à dire définir un espace de référence commun (à tout le territoire, à l'Europe, global même) et organiser la circulation la plus rapide et la plus flexible possible des produits, des informations et des acteurs du système. C'est là une autre facette essentielle de B-E et des autres bases de fichier. L'intégration informatique permet la concentration et la circulation accélérée des informations nécessaires à la dynamique et au contrôle du système. Elle permet du même coup sa connexion à d'autres réseaux administratifs (police, justice, CAF, mairie,... renforçant ainsi par recoupement la surveillance), mais aussi à des réseaux privés ou marchands ,jouant ainsi un rôle important dans la privatisation de certains secteurs (restauration, nettoyage, entretien, encadrement et même enseignement).

Il s'en suit que la non confidentialité et le détournement de ces fichiers sont inscrits dans la logique même de l'informatisation , même si l'on peut y apporter des sécurisations partielles et provisoires .


5)Une école et une société à responsabilité limitée !


La circulaire de rentrée définit également deux principes liés: « l'égalité des chances » et la « responsabilité des acteurs ». Egalité des chances signifie « garantir à chaque jeune les moyens nécessaires à sa réussite ». Par réussite il faut entendre obtention de « diplôme professionnel ». Parmi les « outils de la réussite »: « un socle commun de compétences », « les évaluations en CE1 et CM2 », « le suivi et l'orientation individualisée »(livret scolaire électronique), « le soutien des élèves en difficulté », etc...

« L'ambition de l'école est d'offrir à chaque élève les conditions lui permettant de développer un projet personnel d'orientation et d'insertion professionnelle ». En clair, l'école ne fournit aux élèves et à leur famille que les moyens d'arriver au diplôme. Si l'élève n'obtient rien, c'est de sa propre responsabilité. Chacun (élèves, parents, enseignants, administrations...) doit remplir la fonction qui lui est assignée dans le système éducatif. La responsabilité est limitée à celle de « chaque acteur en fonction de son champ de compétence et d'exercice ». On peut donc en déduire que, puisqu'on lui en donne les moyens ,chaque élève devrait réussir. C'est cela l'égalité des chances. Ceux qui n'ont pas réussi c'est finalement de leur faute, c'est qu'ils ne l'ont pas mérité. Ils n'ont pas fait ce qu'ils devaient, pas saisi la chance qu'on leur donnait. Ça doit être ainsi qu'il faut comprendre l'expression: « mettre l'élève au centre du système éducatif » dont on nous a tant parlé. C'est lui finalement le seul vrai responsable , avec sa famille qui n'a pas su le responsabiliser, le mettre « en condition d'égalité des chances »: d'où « note de vie scolaire », « accompagnement parental », « conseil pour les droits et devoirs des familles »... Ce type de conception a des relents de racisme et de darwinisme social.

Cependant la circulaire dit aussi qu' « un des principaux indicateur de performance inscrits en loi de finance est celui de la réduction du taux des sorties aux niveaux VI et V bis, il s'agit de le diminuer de moitié d'ici 2010 ». En clair, même pour le ministère ,il y a trop d'échec scolaire ,et il n'est pas sérieux pour une administration aussi sophistiquée et experte d'avoir un tel taux d'échecs. Cela met en évidence l'irrationalité fondamentale de cette techno-bureaucratie. De plus, cela risque de délégitimer le principe d'égalité des chances, donnant raison à ceux (parents et syndicats enseignants) qui disent que ,justement ,on ne donne pas vraiment à tous les moyens de la réussite d'un diplôme.

A l'évidence on n'est pas là dans l'éducation mais dans la production et la consommation de formation. L'école devient une usine à fabriquer des certificats d'aptitude professionnelle. Elle fonctionne de plus en plus comme centre d'apprentissage: « objectif 10% d'apprentis dans les lycées en 2010 », « label lycée des métiers »... On organise et planifie une offre de formations en relation avec la demande sociale (familles, entreprises) dans le cadre d'un marché concurrentiel. Enseignant devient un métier comme les autres: « formation des maîtres en alternance ». L'école fonctionne sur le modèle de l'entreprise: investissement, logique quantitative et logique de qualité, définition et réalisation d' objectifs, en fonction de moyens ciblés et d'indicateurs de résultat, évaluations ...etc... Il ne manque que de faire des profits (ce qui existe déjà au CNED). En tout cas ,on réduit les coûts: privatisations, flexibilisation et réduction des personnels, LOLF...

Le traitement gestionnaire par '' dossiers'' et '' statistiques'' détermine une dépersonnalisation et une déshumanisation croissantes des relations et des décisions administratives . Les dossiers , structurés en cases à renseigner , critères supposés objectifs et rationnels ... ; les statistiques chiffrées , froides , uniformisantes , standardisantes , induisent l'illusion d'un égalitarisme abstrait , d'une neutralité pseudo-scientifique . Sous les dehors de l'individualisation objective des dossiers c'est l' indistinction normalisée des statistiques , impersonnelle et inhumaine , qui s'établit , que nous intériorisons et transmettons , et avec elle la conscience malheureuse d'un humanisme qui se perd .

Depuis la fin des trente glorieuses et de la guerre froide, l'école qui se voulait celle de l'ascenseur social et de l'intégration républicaine, a glissé vers une école du relativisme et du conformisme utilitaristes individuels. C'est l'école où l'on apprend à tous (élèves, parents, enseignants...) la compétition et la réussite individuelle au nom de la performance. L'école où l'on intériorise un darwinisme social au nom de l'égalité (supposée) de chances. L'école qui nie les inégalités sociales au nom du mérite personnel.L'école qui enseigne à investir dans la formation, à monnayer ses compétences et ses diplômes pour un bonheur privé maximal.Une école où l'on apprend à se conformer à la fatalité des contrôles, à être évalué, suivi, sanctionné personnellement. C'est une école où l'on apprend l'histoire du progrès universel de l'humanité et de la science. Que tout problème a une solution technique. Qu'il faut des spécialistes dans chaque domaine et des experts pour gérer la complexité du monde aux moyens de technologies toujours plus modernes. C'est l'école où l'on apprend la civilité et le civisme, c'est à dire la servitude volontaire: élire des représentants dans des instances consultatives et n'avoir jamais part aux décisions réelles. L'école n'a plus de valeurs collectives de liberté, d'égalité et de fraternité à transmettre ni d'esprit critique à aiguiser. Elle n'a plus à éduquer. En place de liberté on a le contrôle des individus et la gestion des flux. En place d'égalité on a le mérite individuel et l'expertise. En place de fraternité on a la compassion et l'assistance. La nouvelle devise de l'école est: sécurité, bonheur, progrès.


6)Un projet très ambitieux!


Résumons nous. B-E est le projet d'un fichier électronique centralisé de tous les élèves des écoles (depuis la maternelle) et de leur famille. Il est prouvé que ce type de technologie n'est jamais totalement sécurisable et présente des risques importants d'erreurs , d'intrusion dans la vie privée et de détournement du but initial. Ce n'est donc pas qu'une question technique de verrouillage, quoique certains en pensent. D'autant plus que rapprochement de fichiers et levée de confidentialité légaux sont prévus (stupéfiants, terrorisme, délinquance sexuelle, état d'urgence...). Il ne s'agit plus de problèmes techniques mais de décision politique qui n'exclue nullement les utilisations abusives. Le contrôle social est déjà effectif et s'accentue : repérage des futur délinquants (rapport Bénisti), des sans papier, secret professionnel partagé ,etc...

Ceux qui dénoncent les dangers de dérives avec B-E ne voient pas que ce ne sont justement pas des dérèglements. Ils peuvent rêver d'un pouvoir raisonnable (style DSK ou Bayrou?) qui saurait maintenir l'utilisation de ces dispositifs dans les limites de l'éthique républicaine et des droits de l'homme. Ces « dévoiements » sont inhérents à ces modèles technologiques et au processus de leur développement dans le contexte socio-économique actuel.

B-E n'est qu'un élément limité mais stratégique dans l'agencement d'une structure à plusieurs dimensions. Il est le dernier maillon du fichage étendu à tous les élèves de la maternelle à la terminale. A terme c'est la quasi totalité de la population qui passerait par ce seul fichier. Il n'est aussi qu'un des modules parmi d'autres: base école, base personnel, carte scolaire. Par le jeu de l'informatisation des administrations (défense, impôts, santé, école, collectivités territoriales...) et des différents fichiers gérant matériels, personnels et usagers; c'est une formidable base de fichage et de statistiques qui est mise en place. La logique du langage électronique et de la structuration en réseaux permet et appelle la prolifération des fichiers et de leur interconnexion. La toile est en perpétuelle expansion, les mailles se resserrent, les connexions se multiplient à l'infini .

Tout, dans notre monde, a vocation à être traduit, à être stocké, à circuler sous forme numérique et à donner lieu à statistiques, à calcul de productivité. Tout est susceptible et est promis au fichage: marchandises, animaux, humains. En 2008 tous les animaux domestiques et d'élevage seront pucés. Déjà des puces sous cutanées sont expérimentées pour accéder à certains services. Afin d'assurer la traçabilité et la conduite de tous ces flux ; l'informatique, la biométrie, les puces, les nanotechnologies sont les outils de cette mise en réseau. Ces technologies génèrent de fabuleux profits et sont les vecteurs de cette prolifération sans limite .i

Plus les flux se déploient, s'intensifient et se complexifient, plus il devient difficile de les dominer. Ils nécessitent une intensification des contrôles de toutes sortes et impliquent toujours plus de dérives et détournements. Quelle institution nationale ou supra nationale peut raisonnablement assurer maîtriser une telle prolifération? On parle de ''pilotage'' , de ''gouvernance'', pour tenter de préserver un semblant de rationalité et escamoter le fait que plus rien ni personne, aucun politique, aucun expert, aucun dispositif global ne contrôle réellement l'accroissement vertigineux de la production, de la consommation et de la circulation et leur impact mortel sur la planète. Face au désastre écologique programmé, on peut très bien envisager l'apparition de régimes autoritaires et policiers imposant des restrictions draconiennes à une population désorientée.

7)La république, les citoyens et la démocratie.

Dans cette méga machinerie économique, sociale et politique, chacun apprend à n'avoir qu'une responsabilité diluée et limitée à sa fonction puisque : ''il n'y a pas d'alternative'', nous dit-on. Il ne s'agit plus de changer la société mais de la gérer au mieux, de la moderniser en s'en remettant aux experts. Il n'y a plus d'enjeux, plus de politique ni de citoyens. L'esprit même de la République parlementaire s'accomplit: élire des « représentants » pour 5ans pour se débarrasser des questions politiques ,et réussir le coup de force d'une démocratie sans les citoyens.

Les gens ,résignés, transformés en zappeurs politiques, votent pour remplir leur devoir républicain, une fois à gauche, une fois à droite ou s'abstiennent massivement. C'est l'alternance. Il n'y a plus de valeurs ni de principes antagoniques à confronter, plus de hiérarchisation, tout est relatif. Plus de débat qu'entre une gestion ''éthique'' ou « décomplexée », plus de révolte que des émeutes sporadiques. Les citoyens désillusionnés ou cyniques, recroquevillés sur leur petit monde privé, laissant le pouvoir aux oligarchies politiques, économiques, scientifiques, aux partis et aux médias, se crispent sur leur identité religieuse, nationale ou autres. Mais les inégalités, le chômage, la misère, le racisme, les fondamentalismes s'accroissent et rien ne change vraiment. Alors on vote en masse et on élit un sauveur démagogue à la dent dure et à la poigne de fer qui prétend s'attaquer à cette apathie, ce fatalisme, cette impuissance généralisée. Puis on se ravise aux législatives. Et l'homme providentiel, volontariste, au nom de l'ouverture à gauche et au centre débauche des opposants. Passant ses vacances aux frais des grands patrons, inondant les médias de son hyper-activité, il révèle la collusion des élites politiques, administratives et industrielles et la complicité fondamentale des différents partis à l'acceptation du statu quo.

Alors que les maigres garde-fous (séparation des pouvoirs, syndicats, associations, humanitaires ,etc...) sont depuis longtemps convertis et digérés, les gens cherchent confusément à donner du sens à leur vie et à la politique. Il n'y a plus vraiment de valeurs collectives et même l'adhésion au système s'épuise. Que faire ? Des voix déjà se sont élevées pour dire qu'une autre politique, d'autres mondes sont possibles. Mais elles ne font le plus souvent qu'appeler pathétiquement à la résistance à tel ou tel politicien, à tel ou tel aspect de la folie technobureaucratique actuelle pour une gestion plus éthique et républicaine. Mais il ne suffira jamais d'avoir un bon président, une bonne majorité, une bonne opposition et des citoyens raisonnables ...Alors que faire de mieux?

Redonner du sens à la politique, c'est à dire formuler des valeurs et des principes sur lesquels appuyer et orienter un projet collectif de transformation sociale. D'abord croire à la démocratie. Pas la démocratie représentative, participative ou délibérative que certains proposent. Mais prendre le mot démocratie au pied de la lettre. Croire que les citoyens peuvent participer effectivement et directement à la prise des décisions qui concernent leur vie. Avoir la volonté d'en faire un projet. Cela implique bien sûr qu'on s'accorde sur le constat et qu'on adhère en commun à un certain nombre de convictions.

Ces principes ne sont pas ignorés ni mystérieux, même s'ils restent à compléter et préciser. En premier lieu les Droits de l'Homme (des personnes, sociaux, environnement protégé, laïcité,etc...). Mais des droits effectifs et non pas idéalisés. Surtout ,doit être énoncé et placé en tête, celui toujours non dit (et pour cause) ,qui les fonde: le droit du peuple à se gouverner lui même directement. Quelques règles encore : encadrement de l'expertise, de l'information ; limitation, rotation et révocabilité des mandats, mandatement et non délégation de pouvoir , etc... Mais ces règles ne sont pas des recettes qu'on pourrait appliquer ou isoler. Ils doivent s'organiser en un système cohérent et être des principes vivants d'organisation et de fonctionnement.



Redonner du sens à la politique et à l'éducation c'est faire de la démocratie directe un projet, un programme, non pas à voter mais à élaborer, à réaliser , voire à remanier collectivement. Un programme dont on ne sait pas d'avance ce qu'il sera exactement puisqu'il est à construire, mais dont on sait ce qu'il ne peut pas être et dont on connaît les principes. Sur quels individus et sur quels groupes s'appuyer pour faire avancer un tel projet ? La LDH a t-elle sa place dans cette dynamique et à quelles conditions ? et quel rôle pour les enseignants?



En attendant (et dès maintenant) que peut-on faire ? Alerter , informer (parents , enseignants , associations ...)des implications et significations de Base-Elèves .Appeler à compléter a minima les fiches scolaires de renseignement . Questionner enseignants , directeurs , mairies , I.A ... sur la mise en place de B-E . Opérer des mobilisations pour que les mairies refusent (comme Grenoble paraît-il) le logiciel gratuit mis à leur disposition pour l'intégration à B-E . Faire le maximum de demandes d'accès aux données confidentielles contenues dans le fichier national (loi informatique et liberté ). Demander aux directeurs d'utiliser de façon concertée et au mieux leurs marges pour renseigner B-E . Refuser, si possible collectivement le fichage ...

Toutes ces actions ne sont que des bâtons dans les roues du rouleau compresseur ''modernisateur'' . Elles restent dans le cadre d'une contestation éthique , qui dénonce les abus du fichage mais ne peut ou ne veut pas voir la logique technobureaucratique intrinsèque . Elles fournissent éventuellement l'occasion d'agir collectivement et de faire avancer une nécessaire critique réellement politique du processus en marche.

François SUEUR ( enseignant )

Section des Alpes de Haure-Provence


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27 août 2007

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Base élèves

Base élèves 1er degré est un système de gestion informatique de données personnelles concernant tous les enfants en âge d’être scolarisés dans une école maternelle ou élémentaire. Mis en place par le ministère de l’Education nationale avec l’objectif affiché de simplifier les tâches de direction, il permettra de regrouper de nombreuses informations grâce à un fichier unique auquel les écoles, les communes et l’administration centrale auront accès.

Comme tout système informatique de données nominatives, il est soumis à la vigilance de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (Cnil) [1]. Cette commission a pour mission de protéger la vie privée et les libertés individuelles, mais, malheureusement, ses moyens d’action sont bien réduits face à une entreprise de fichage de cette envergure.

Lisez la suite sur le site de LDH-TOULON

26 juil. 2007

Levée de boucliers contre le fichier "base élèves 1er degré"

LEMONDE.FR | 26.07.07 | 12h09 • Mis à jour le 26.07.07 | 13h35

Après de premiers incidents, fin juin, la FCPE, la plus importante association de parents d'élèves, tout comme le Syndicat national des professeurs d'école (Snuipp), et, enfin, début juillet, le bureau national de la Ligue des droits de l'homme (LDH), ont réclamé l'"arrêt total" du fichier "base élèves 1er degré" (BE1D), qui doit être installé dans toutes les écoles, publiques comme privées, d'ici à septembre 2009. En cause : la pertinence de certaines données sensibles – comme la nationalité de l'élève, le pays d'origine et la date d'entrée en France – ou le risque de voir des éléments de la scolarité (absentéisme, suivi des élèves en difficultés) être utilisés à d'autres fins que la gestion des effectifs et le "pilotage pédagogique".

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Nos enfants nous maudiront ...

« Nous sommes déjà victimes de non-assistance à citoyens en voie d’asservissement. S’il nous restait un brin de jugeote nous porterions plainte, sur-le-champ, tous ensemble, contre nos gouvernants qui violent déjà, à notre insu, l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme selon lequel “nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile... ” Le pire est que nous prêtons notre propre concours à notre mise en casier. Nos enfants nous maudiront le jour où ils ne pourront même plus se cacher pour revendiquer le droit à l’anonymat. »
Alain Rollat, Nos enfants nous maudiront ...
Le Monde du 12 décembre 1998

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30 juin 2007

base élèves potentiellement dangereux pour les libertés individuelles, la solidarité et la cohésion sociale

Voir aussi : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2119#nb1

Le fichier base élèves pour le premier degré est présenté comme un outil informatique moderne et performant destiné à améliorer la gestion des effectifs et la tâche des directrices et directeurs d’école. Alors qu’il s’agit d’une expérimentation basée sur le volontariat, la volonté est bien d’aboutir à une généralisation de fait, peu ou prou contrainte.
En fait ce fichier pose bien plus de problèmes qu’il n’est censé en résoudre.
Actuellement,
au niveau des écoles, il existe deux outils :
- la gestion, quelquefois informatisée, par les mairies ou par délégation aux
directrices et directeurs
- et le renseignement de la fiche n° 19.
Cela permet la gestion des effectifs et la fourniture d’éléments statistiques donnant une vision fiable qui reste perfectible.
Au niveau du second degré, il existe une base de données informatique :
- dont la centralisation ne se fait qu’au niveau du Rectorat (pas d’interconnexion possible)
- et qui ne permet pas le partage des informations.
Cette version initiale a été réformée : accès élargie de l’administration centrale, communication d’informations aux CAF, durée de garde étendu à 10 ans (contre 2)
Base élèves premier degré rompt avec cette tradition de confidentialité et de séparation des sources d’information comportant des éléments personnels, dont certains sensibles.
Il est en effet destiné à être centralisé nationalement pour permettre des interconnexions potentielles entre ministères. Il est partagé dans son accès : différents niveaux du Ministère et mairies.
Base élèves est à mettre en relation directe avec :
- la « loi de prévention de la délinquance » qui dans son article 9 introduit deux modifications importantes transposées dans le Code de l’Éducation (art. L.121-1 et L.131-6) conduisant à un fichage systématisé dans une logique uniquement sécuritaire répressive et stigmatisante ;
- la fermeture de foyers éducatifs et l’ouverture de centres fermés et d’EPM (Établissements Pénitentiaires pour Mineurs) à la PJJ ;
- le rapport Bénisti sur le dépistage de la délinquance dès trois ans ;
- les recommandations de la CNIL restées lettre morte sur la sécurisation technique, CNIL aux pouvoirs diminués (loi n° 2004-801) et aux moyens insuffisants.
Base élèves est aussi à mettre en rapport avec l'actuelle mise en oeuvre de la LOLF, la volonté d’apprécier la "performance" de chaque école, la mise en oeuvre des EPEP et la disparition de la carte scolaire.
Certaines informations, pour être traitées utilement et efficacement dans un sens d’éducation, de socialisation, impliquent la confidentialité et le secret professionnel. C’est le cas des origines géographiques, de la langue parlée, des difficultés scolaires, des interventions Rased, des absences, des suivis à caractère social (lié à la situation de la famille) médical, psychologique ou psychiatrique.
La confidentialité de ces informations passe par des verrous efficaces qui n’existent pas à ce jour : ni centralisation, ni partage, permettant l’utilisation potentielle à d’autres fins que celles des finalités du service public et laïque d’éducation nationale.
L’actuelle conception du logiciel (combinaison des champs à renseigner, de la centralisation nationale, du partage des informations) prouve que l’on vient de franchir un pas décisif, lourd de conséquences.
D’autant plus que base élèves s’exonère d’un avis de la CNIL par la mise en place d’un identifiant de l’élève différent du numéro national d’identification des personnes physiques.
Les exemples de dérives ne manquent pas :
- Rappelons-nous SIGNA au niveau second degré avec les problèmes de fiabilité des renseignements apportés, de leur analyse, et de l’exploitation médiatique qui a eu lieu !
- En 1998, la création du Fichier National des Empreintes Génétiques (FNAEG) ne concernant que les crimes sexuels, est rapidement étendue à tous les crimes graves, puis à la totalité des condamnés. Au point qu’aujourd’hui tout suspect de tout délit peut se voir imposer ce prélèvement ! Mais un bouclier est institué : l’exclusion des délits financiers !
- les fichiers de police STIC et JUDEX ont été détournés de leur finalité par le « loi pour la sécurité intérieure » du 18 mars 2003
- août 2006 création du fichier ELOI (recensement des étrangers en situation irrégulière), sans que la CNIL ait pu donner son avis.
Rien ne nous garantit qu’il ne sera pas fait un autre usage que celui affiché de base élèves premier degré.
L’évolution du contexte politique atteste du contraire, l’architecture de base élèves le permet.
A aucun moment, en Vendée, les parents d’élèves n’ont été informés de l’étendue des informations les concernant, ni de leur enregistrement dans un fichier national.
Personne ne peut garantir aujourd’hui la sécurisation technique totale de cette base de données.
L’intersyndicale départementale et la FCPE se prononcent pour :
- un autre outil informatique garantissant la confidentialité des informations limitées au strict caractère d’enseignement et d’éducation en empêchant la centralisation au niveau national les interconnexions et le partage systématisé des informations,
des choix qui privilégient la logique d’éducation et de responsabilisation citoyennes.
TANT QUE LE GOUVERNEMENT ET L’ADMINISTRATION N’AURONT PAS REPONDU A NOS DEMANDES
Nous appelons les personnels, les directrices et directeurs d’école, collectivement
- à ne pas mettre en oeuvre le dispositif base élèves ,
- à ne plus le renseigner là où il a été lancé ,- à informer les familles (notamment par les élus au Conseil d’école) et les municipalités,
- à signaler toute forme de pression subie.
Base élèves est potentiellement dangereux pour les libertés individuelles, la solidarité et la cohésion sociale !
Redisons-le :
- Base élèves n’est en aucun cas une obligation faite aux écoles et mairies !
- Base élèves n’est pas fiable techniquement !
L’intersyndicale départementale interviendra sur ce point au CTPD du 18 juin.

SE UNSA – CGT Education – SGEN CFDT – SNUIPP – FO – SUD Education - FCPE

30 mai 2007

Message sur Resf

Bonsoir,
Il s'est passé aujourd'hui quelque chose d'inquiétant au collège où
est scolarisé mon fils.

La classe de 3ème dont il fait partie a participé à une évaluation
expérimentale de mathématiques aujourd'hui. Nous l'avions appris
vendredi 25 mai par un simple avis dans le carnet de liaison.
Cette évaluation serait proposée par l'Education Nationale qui doit
récupérer les copies et interpréter les résultats. Ça ne devait ni
être noté ni être utilisé par les enseignants du collège. Nous avions
aussi compris que ce ne serait pas nominatif.

A son retour ce soir, mon fils m'informe qu'en plus d'un QCM de
mathématiques, il était aussi demandé de compléter un questionnaire
plus personnel concernant la situation familiale et la nationalité
des parents, la nationalité de l'élève, son lieu de naissance et sa
date d'arrivée en France, et enfin, si le logement familial est
partagé actuellement avec une personne autre que les parents.

Enfin, ce questionnaire n'était apparemment pas confidentiel
puisqu'il a été demandé aux enfants d'écrire leur nom au crayon de
papier sur la fiche.

Quelqu'un a-t-il des informations plus précises au sujet de cette
expérimentation ?

Je vous remercie d'avance pour votre réponse,
Alise

17 mai 2007

Les parents d’élèves montent au créneau

Inquiets du système que l’administration de l’Education nationale veut leur imposer pour la rentrée prochaine, des parents d’élèves se mobilisent et protestent. Une manifestation s’est déroulée le 14 mai à Rennes où la municipalité soutient les demandes de concertation et a décidé de ne pas utiliser le nouveau système.

Voyez le site de ldh-toulon

13 mai 2007

Base élèves

« Dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante » [George Orwell]

Pour mobiliser autour de vous, diffusez ces deux articles des Cahiers pédagogiques : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2038
Pour approfondir vos connaissances, lisez http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1891

« Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent ! » [Lucie Aubrac]

Base élèves premier degré : les inquiétudes des Cahiers pédagogiques

Dans un premier article intitulé à propos de la “ base élèves ”, publié en octobre 2006, dans son numéro 446, la revue Cahiers pédagogiques attirait l’attention sur le système qui se met en place.

La revue revient sur le sujet dans son numéro 453 d’avril 2007, avec un nouvel article Base Elèves Premier Degré : Les directeurs d’école en passe de devenir, à leur insu, la cheville ouvrière d’un fichage généralisé des familles ?.

Vous trouverez ci-dessous ces deux articles qui rejoignent et confortent les inquiétudes de la LDH ( [Sources] ).


À propos de la « base élèves »

CRAP Cahiers pédagogiques
L’actualité éducative du N°446 d’octobre 2006

Le ministère met en œuvre actuellement un système d’information pour aider à la gestion des élèves et au pilotage académique du premier degré. Ce système d’information comporte des bases de données partagées entre les différents acteurs (directeurs d’école, mairies, inspecteurs de circonscription, inspecteurs d’académie), sur les élèves et leurs parcours scolaires (base élèves 1er degré) et sur les écoles maternelles et élémentaires (base écoles) . À la suite des interrogations formulées ici par une enseignante, nous sollicitons d’autres réactions de lecteurs des Cahiers.

jeudi 5 octobre 2006

C’est donc un nouvel outil de gestion pour l’Éducation nationale. Sans doute est-il bien nécessaire d’adopter des outils informatiques performants pour gérer une aussi gigantesque maison… Mais… en quoi cela aide-t-il à la gestion des effectifs et des postes, à la réflexion sur le fonctionnement de l’école, d’avoir des données nominatives sur chaque élève, sur sa date d’arrivée en France, son pays d’origine, sa culture et sa langue, la nationalité de ses parents… ? Faut-il ne pas faire le lien avec la politique sur l’immigration ? Il ne s’agit pas de cacher des renseignements que les mairies ou les ministères concernés ont déjà, mais l’école n’a pas à servir de base de renseignements. Elle doit être un lieu d’instruction pour tous. Et tous doivent s’y sentir en sécurité. Pour apprendre. Parcours scolaire, absentéisme… partage des informations avec les acteurs locaux, projet de loi de Nicolas Sarkozy sur le rôle accru des maires dans la prévention de la délinquance… Nous aurions tellement besoin de coopération, de travailler ensemble et pas seulement dans une perspective répressive. L’école dénonciatrice ? On peut légitimement s’inquiéter, dans le contexte d’une LOLF qui encourage au technicisme.

Dans notre école, le conseil des maîtres a décidé de ne pas renseigner ces fichiers en l’état. Le Snuipp et Sud-éducation appellent également à ne pas le faire, demandant entre autres d’anonymer l’accès aux données pour les IA et IEN, et que les extractions effectuées par l’administration fassent l’objet d’une demande préalable aux directeurs, seuls responsables en tant que rédacteurs des renseignements figurant dans les fiches. Cela dit, à la date de cet article (juin 2006), aucun formulaire officiel n’est arrivé chez nous (l’information donnée oralement par l’inspection prévoyait la mise en place du dispositif à partir de mai 2006), aucune réunion n’a été proposée aux directeurs et personne n’est encore venu pour installer la « base élèves » à l’école. Nous ne savons pas trop où nous allons. Faut-il refuser fortement ? Faut-il seulement avertir, être vigilant sur les utilisations ? Jusqu’ici la publicité de cette « base élève » est bien discrète. Elle se met en place sans bruit. Brrr…

Caroline Giron, professeur des écoles dans le Doubs

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Base élèves premier degré : les directeurs d’école en passe de devenir, à leur insu, la cheville ouvrière d’un fichage généralisé des familles ?

CRAP Cahiers pédagogiques
L’actualité éducative du N°453 d’avril 2007

En octobre 2006, Caroline Giron soulevait dans le numéro 446 des « Cahiers Pédagogiques » un certain nombre d’interrogations à propos de la mise en place à titre expérimental du serveur « Base élèves premier degré ». Selon la note de rentrée du ministre [1], parue très tôt en cette année électorale, la « Base Elèves Premier Degré » devrait être généralisée en 2007/2008. Il est assez étonnant de constater que le ministère communique très peu sur ce nouveau système et que les directeurs d’école, qui vont en être la cheville ouvrière, aient aussi peu d’informations à leur disposition pour en apprécier la pertinence.

dimanche 6 mai 2007

Qu’est ce que la « Base Elèves Premier Degré » ?

Il faut tout d’abord expliquer ce qu’est cette « base élèves académique », BEA pour les intimes.

« Base élèves premier degré » est un système de gestion administrative ayant pour objectif « d’apporter une aide à la gestion locale des élèves, d’assurer un suivi statistique des effectifs d’élèves et de permettre un pilotage et un suivi des parcours scolaires des élèves. » [2].

« Base Elèves Premier Degré » est, selon les informations données sur le site Eduscol [3], une application conçue pour aider les directeurs dans leurs tâches quotidiennes, partager des informations avec les mairies et permettre à l’IEN ou à l’IA de disposer en temps réel d’informations fiables. Les enquêtes seront effectuées directement dans la base sans solliciter les directeurs.

Chaque nouvel élève entré dans la base se voit attribuer un numéro I.N.E [4] unique qui servira durant toute sa scolarité à son identification informatique.

A priori, la mise en place de cet applicatif, qui s’inscrit dans la volonté ministérielle de développer les ENT [5] dans le premier degré semble être une bonne idée. Mais il est souvent de bonnes idées qui dans leur déclinaison pratique s’avèrent être au mieux des occasions manquées. Force est de constater aujourd’hui, à l’heure où près de quatre-vingts départements sont entrés à des degrés divers dans l’expérimentation de cet outil, que les interrogations commencent à se muer en inquiétudes et que l’information qui est faite par le ministère sur ce sujet laisse des zones d’ombres.

Les raisons de l’inquiétude

Elle porte sur trois points essentiels liés à la localisation de la base, à la sécurisation des données et à leurs utilisateurs potentiels. Dans le secondaire, l’expérience des professionnels sur ce type d’outils fait plutôt l’unanimité. Alors où le bât blesse-t-il dans le primaire ?

Tout d’abord, à ce jour, la « Base Elèves Premier Degré » est localisée sur un serveur centralisé à Orléans, ce qui n’est pas le cas dans le second degré. Les serveurs sont situés au niveau rectoral et le croisement des fichiers au niveau national n’est matériellement pas réalisable en l’état.
La présence des données sur un serveur centralisé unique soulève par conséquent de fortes interrogations et présente un danger réel pour la démocratie en cas de dérive sécuritaire. Au travers de cette base de données, c’est ainsi le fichage pur et simple de l’ensemble des familles françaises qui va être réalisé par les directeurs d’école à la demande du ministère de l’Education Nationale.
Alors, à la rentrée prochaine, la « Base élèves Premier Degré » va-t-elle rester centralisée ou délocalisée sur des serveurs académiques ? Il y a là un choix technique fondamental. L’option qui se profile semble bien être celle de maintenir la base dans son hébergement unique et centralisé à Orléans, ce qui rend matériellement possible le croisement des données et les requêtes portant sur l’ensemble des champs renseignés dans la base. Les récents combats des Réseaux Education sans Frontières, le rapport Bénisti [6] dont un certain nombre de recommandations ont préfiguré le projet de loi sur la prévention de la délinquance, le projet de loi lui-même ne sont pas pour rassurer [7].

Avec la « Base Elèves Premier Degré », l’école partage des informations nominatives avec le maire de la commune. Le système SCONET [8] du second degré n’a pas vocation à partager les informations en dehors de l’Education Nationale.

Il y a 36 851 communes en France, cela représente beaucoup de personnes extérieures à l’Education nationale. La présence de champs obligatoires comme ceux de la nationalité et du pays de naissance par exemple pose la question du type d’informations qu’il est nécessaire de partager avec les communes et avec l’Inspection académique. Les récentes oppositions liées au problème des enfants étrangers scolarisés en France montrent combien cette question est sensible étant donné l’évolution actuelle des choix politiques de nos décideurs. Que penser de ce passage du rapport Bénisti dans un tel contexte : « Beaucoup de structures existent et pourraient servir une politique efficace ([de prévention de la délinquance]) si elles entraient en contact les unes avec les autres, au lieu de vivre chacune indépendamment sans jamais mutualiser ses informations : Il faut redéfinir la notion de secret professionnel et créer une culture du secret partagé » ?

Dernier point qui suscite des doutes, celui de la sécurisation des données. La « Base Elèves Premier Degré » est accessible via Internet moyennant l’introduction dans le formulaire d’entrée d’un code d’identification et d’un mot de passe. Le cryptage des données lors des échanges client serveur se fait via un protocole sécurisé. Le hic, c’est que le système ne fonctionne avec un niveau de sécurité acceptable que si l’ordinateur est exempt de tout éventuel logiciel espion susceptible de récupérer clandestinement les codes d’identification entrés par l’utilisateur dans la machine. La préconisation de la CNIL [9] d’utiliser une clé USB afin d’augmenter la sécurité par un élément physique porteur d’une clé de cryptage n’est pas respectée partout. Quand on sait comment sont généralement protégées les machines des écoles en matière d’antivirus et de pare-feu, on peut s’interroger.

En raison de ces inquiétudes, un certain nombre de directeurs dans des départements pilotes comme par exemple l’Ille et Vilaine ont refusé d’utiliser le système. Deux syndicats appellent à ne pas renseigner les champs concernant la nationalité ainsi que les signalements et suivis par le RASED.

Question de gestion, question de société

On aurait tort de considérer cette question comme étant uniquement circonscrite au champ de l’éducation et d’en minimiser la complexité sur les plans technologiques, éthiques et politiques. La « Base Elèves Premier Degré » intéresse l’ensemble de la société française. Les récentes polémiques autour de la tentative de rattachement du numéro de sécurité sociale (NIR) au dossier médical (DMP) [10], de la mise en place par la bande du fichier ELOI [11] conçu pour lutter contre l’immigration clandestine, le projet INES de carte d’identité numérique intégrant des éléments biométriques et la question qu’il suscite du changement de rapport à l’identité et des rapports de pouvoir entre le citoyen et l’État, le projet controversé d’étendre au 13 - 18 ans le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) [12], les conséquences du recours aux fichiers de police judiciaire STIC [13] et JUDEX [14] lors d’enquêtes administratives, nous donnent à voir les effets sur la vie privée, la déontologie et les droits de l’Homme que peuvent avoir ces systèmes informatisés de gestion des données nominatives.

Sans compter (ou peut-être justement en comptant) sur la dépendance dans laquelle va se retrouver l’utilisateur à l’égard d’un système dont il ne maîtrisera pas l’évolution ou la fiabilité. Comment revenir en arrière si trop de choses dépendent du système ?

Une tendance au fichage des individus qui se vérifie au niveau international

La France n’est pas la seule concernée par une possible dérive liée à l’utilisation des fichiers informatisés comportant des données nominatives. Cette question est d’actualité aussi en Angleterre, où les enseignants se mobilisent [15] contre la mise en place d’un système identique à notre « Base élèves », aux Etats-Unis avec le Patriot Act [16] et la tentative faite en son nom par le ministère de la justice d’accéder aux fichiers informatiques de lecteurs bibliothèques et des libraires, en Italie où le gouvernement Berlusconi a porté par décret à 5 ans l’obligation légale pour les opérateurs de stocker les données de communications électroniques de leurs clients et ce contre l’avis de la CNIL italienne et de nombreuses associations de défense des droits et des libertés individuelles. Ce ne sont là que quelques exemples et la liste n’est pas exhaustive pour autant.

Dans ce contexte, il est peut-être de notre devoir, à nous enseignants, qui de par notre fonction, recueillons beaucoup d’informations confidentielles concernant les familles des élèves qui nous sont confiés, de ne pas apporter une pierre de plus à l’édification d’une société du contrôle dominée par la tentation du tout sécuritaire. En la matière, le principe de précaution doit prévaloir et la mise en place de contre-pouvoirs dotés des moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions permettre de garantir les droits et les libertés du citoyen.

Alors, le moment est peut-être venu de relire George Orwell qui écrivait dans « 1984 » : « Dans le passé, aucun gouvernement n’avait eu le pouvoir de maintenir ses citoyens sous une surveillance constante. Maintenant, la Police de la pensée surveillait tout le monde, constamment. ». Et de faire en sorte que notre obligation de réserve ne se traduise pas en une obligation de partage.

Denis Blanchon, Professeur des écoles maître formateur - Grenoble

Notes

[Sources] Les deux articles reproduits ci-dessus sont accessibles sur le site des Cahiers pédagogiques :

[1] Voir la note de rentrée.

[2] Déclaration du ministre de l’éducation nationale faite à la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) le 24 décembre 2004.

[3] Accéder au site Eduscol.

[4] I.N.E : Identifiant National Elève. A été introduit en 2002 en remplacement du numéro de matricule.

[5] ENT : Environnement Numérique de Travail.

[6] Lire le rapport BENISTI.

[7] Que penser de l’article 5 du projet de loi de prévention de la délinquance qui prévoit en substance dans le code de l’action sociale et des familles les dispositions suivantes : « Art. L. 121-6-2. - Lorsque la gravité des difficultés sociales, éducatives ou matérielles d’une personne ou de personnes composant une même famille, constatée par un professionnel de l’action sociale telle que définie à l’article L. 116-1, appelle l’action de plusieurs intervenants, celui-ci en informe le maire de la commune de résidence pour assurer une meilleure efficacité de l’action sociale.[…]
« Ces professionnels et le coordonnateur sont autorisés à partager les informations et documents nécessaires à la continuité et à l’efficacité de leurs interventions. Les informations ainsi communiquées ne peuvent être divulguées à des tiers sous peine des sanctions prévues à l’article 226-13 du code pénal.
« Le professionnel intervenant seul dans les conditions prévues au premier alinéa et le coordonnateur sont autorisés à révéler au maire ou à son représentant, au sens de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, les informations confidentielles qui sont nécessaires à l’exercice de ses compétences dans les domaines sanitaire, social et éducatif. »

[8] Voir sur le site Eduscol.

[9] La même recommandation avait été faite par la CNIL concernant le système Iprof.

[10] En 1978, le projet Safari du ministère de l’intérieur prévoyait, grâce au NIR, d’interconnecter des fichiers policiers et sociaux. Le tollé provoqué par ce projet avait entraîné la création de la CNIL (Commission nationale de l’Informatique et des Libertés).

[11] « Saisie d’une demande d’avis en mai 2006, la Cnil avait deux mois pour rendre son avis. Compte tenu des moyens limités dont elle dispose et du nombre croissant de dossiers dont elle est saisie, la Commission n’a pu rendre dans les délais qui lui étaient impartis par la loi d’avis motivé. Au terme de la loi, faute de réponse de la Cnil, l’avis est donc favorable. » ; Sophie Vulliet-Tavernier, responsable de la Direction des Affaires juridiques de la CNIL. Un fichier de ce type aurait légalement dû être créé par décret en Conseil d’Etat après avis de la CNIL, et non par un simple arrêté du ministre de l’intérieur.

[12] Voir la page Fnaeg sur le portail Service-Public.

[13] Voir la page consacrée au Stic sur le site de la Fédération Informatique et Liberté "Renseignements Généraux

[14] Voir la page consacrée à JUDEX sur le site de la Fédération Informatique et Liberté "Renseignements Généraux"

[15] Voir l’article Universal Child Database sur Wikipedia.

[16] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/USA_PA... sur le site Wikipédia.